À voile et à vapeur

Couverture d’ouvrage : À voile et à vapeur
Éditions :Numérique (Français): 6,99 €
ISBN : B01IA2ETLA

De la science-fiction à la fantasy en passant par le fantastique, dix auteurs proposent leur vision d’un avenir du passé.

Dans ce rétro-futur haut en couleurs, la vapeur et la voile cohabitent, le chevalier d’Éon use de charmes inattendus, des automates interrogent le tic tac de leur cœur mécanique et des élixirs permettent de changer de sexe à volonté. Embarquez à bord de la Vagabonde ou du Quatorze Sacs à Malice, destination la Russie, l’Afrique coloniale, Paris ou Londres, et partagez avec ces personnages les tourments et les plaisirs d’une vie à voile et à vapeur riche en aventures de tous genres – et sans distinction de genre...

Une anthologie haute en couleurs qui défend la cause LGBT par le biais du plaisir de la lecture.

SOMMAIRE
– Préface : Le Steampunk, ce puissant projecteur sur notre époque, Arthur Morgan
– Louise Geneviève de Beaumont de Tonnerre, Anthony Boulanger
– Dans les bras d’Orion, Céline Etcheberry
– Les mécanismes de l’errance, Alex Barlow
– Poupée de chiffons, Sophie Fischer
– Ceci n’est pas une histoire de tortue, Tesha Garisaki
– Une histoire d’éléphants, Isaac Orengo
– Du vent dans les voiles, Jean-Basile Boutak
– Histoire naturelle, Angou Levant
– Le pudding bavarois, Jarod Felten
– Suivez cette cathédrale !, Gareth Owens

Parution :
Maison d’édition : Voy'el
Éditeurs :
Genres :
Étiquettes :
Extrait :

Le traîneau glissait silencieusement sur la neige, avançant au rythme mécanique des chevaux- vapeur. À l’intérieur, un garçon d’une douzaine d’années exhibait fièrement son travail de la journée à sa mère, sous le regard amusé de la mamana – surnom affectueux réservé à la maîtresse officielle d’une femme mariée – du moment. Une bonne note en français, une autre en mathématiques et des encouragements à persévérer dans ses efforts de comportement.

« C’est bien Nicholas, mais il faudra confirmer sur le long terme.
— Maman, tu parles comme les professeurs... »
Les deux femmes échangèrent un sourire.
« Papa et moi sommes déjà très fiers de toi. »

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L’attelage arriva à destination. Nicholas descendit précipitamment de la voiture, et traversa à toute vitesse l’allée qui menait du portail à une grande maison bourgeoise. Il poussa la porte, salua l’automate-gouvernante et monta quatre à quatre l’escalier qui conduisait au premier étage. Il s’arrêta au seuil de sa chambre et jeta un regard circulaire.

Son automate d’éducation gisait sur un fauteuil, à côté de son bureau. Nicholas prit l’arrosoir qui traînait sur le bord de la fenêtre et se rendit dans sa salle de bain pour le remplir. Cela fait, il retourna vers son automate et ouvrit un réservoir dissimulé dans la hanche. Il y versa le contenu de l’arrosoir, puis il courut jusqu’à la pièce à charbon armé d’une petite pelle et en déversa une bonne ration dans un autre compartiment de l’automate. Enfin, il pompa trois ou quatre fois en appuyant sur le nez. Il entendit le mécanisme se mettre en route. Sa mère l’appela depuis le rez-de-chaussée :

« Nicholas, viens prendre ton goûter ! »

La machine fit de plus en plus de bruit, jusqu’à ce qu’un jet de vapeur s’échappe de ses oreilles. Les yeux de l’automate s’ouvrirent.

« Bonjour, maître Nicholas, le salua-t-il.
— Bonjour Harvey. Je suis désolé d’avoir oublié de faire le plein avant de partir à l’école ce matin.
— Ce n’est pas grave. Cela nous repose et préserve notre machinerie. »

Nicholas s’approcha de la fenêtre, un bow-window qui lui donnait l’impression d’habiter la tour d’un château. Harvey vint s’asseoir à côté de lui et regarda les flocons tomber à travers les carreaux.

« Ce sont les dernières neiges, dit le jeune garçon.
— En effet, maître Nicholas. Ensuite, les beaux jours reviendront.
— C’est ce que prétend Papa. »

L’automate baissa les yeux.

« Qu’y a-t-il, Harvey ?
— Cela fait longtemps que nous désirons vous parler de quelque chose d’important pour nous. »

Le jeune garçon était surpris et curieux.

« Quoi donc ?
— Nous aimerions devenir un automate d’extérieur. Nous avons toujours aspiré à l’être.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Depuis que nous avons été fabriqué, nous avons sans cesse regardé avec envie les automates qui promènent les chiens, les automates jardiniers, les automates facteurs. Mais vous savez qu’en l’état actuel des choses, nous sommes condamnés à vivre à l’intérieur. Nous aimerions que vous en parliez à Monsieur David, votre père, et Madame Anna, votre mère. »

Nicholas se leva vivement.

« Tu veux dire que tu m’abandonnerais ?
— Bien sûr que non. Nous demeurerions dans le jardin, à l’abri de la cabane. Nous ne serions pas loin.
— Ce n’est pas pareil. Je dormirais seul, tu ne seras plus là quand je ferai mes devoirs, et nous ne nous verrions pas de l’hiver. À t’entendre, ça n’a pas l’air très rigolo de vivre avec moi. C’est... c’est horrible ce que tu dis.
— Nous avons beaucoup d’affection pour vous, maître Nicholas. Notre décision ne la remet pas en cause. Nous ne regrettons pas le temps passé à vos côtés. Seulement, nous ne savons pas combien de saisons la mécanique nous laisse à exister, et nous souhaitons vivre la vie que nous aurions voulu avoir avant de cesser de fonctionner. Nous avons agi de notre mieux pour vous satisfaire, mais nous ne nous sommes jamais sentis à notre place. Bientôt, vous vous désintéresserez de nous, vous aurez d’autres priorités. Il nous semble que ce n’est ni trop tôt ni trop tard. Et puis, quand les beaux jours sont là, vous êtes plus souvent dans le jardin que dans votre chambre. Ce ne serait pas tellement différent. Vous ne profiterez pas de notre présence aux mêmes moments, voilà tout. Enfin, Monsieur David et Madame Anna pourraient sans doute vous trouver un nouveau compagnon d’intérieur. »

C’était le discours typique d’un automate : d’une logique implacable, et d’une franchise teintée de profond respect pour l’être humain, programmé comme étant le créateur de toute chose.

Le jeune garçon quitta sa chambre, l’air renfrogné. L’automate l’interpella avant qu’il ne descende l’escalier :

« Où allez-vous, maître Nicholas ?
— Goûter. »

Il avait répondu très sèchement.

« Pouvons-nous vous accompagner ?
— Non. Je n’ai plus envie de te voir. »

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Critiques :Strega au sujet deLes carnets d'une livropathe a écrit:

Du vent dans les voiles est l’un de mes textes favoris [de l'anthologie]. Je l’ai trouvé très subtil dans sa façon de traiter de la norme (et de la normalité, ce qui n’est pas la même chose), de l’hypocrisie et de la notion d’accomplissement personnel.

Sigynn au sujet deSens critique a écrit:

Cette nouvelle-là a un concept particulièrement malin, que je ne vous révèlerai pas pour ne pas vous gâcher la surprise ! Disons qu’elle renverse joyeusement les codes, et pour le coup je dois admettre qu’elle était particulièrement inattendue. Pour être parfaite, il lui aurait sans doute fallu peut-être une écriture un brin plus soignée : mais bon, je pinaille bien entendu, ça reste remarquablement bien fait, et c’est particulièrement fun. Je la compte dans [mes] trois perles [...].

Bulle de neige au sujet deBulle de livre a écrit:

Une nouvelle intéressante sur le changement d’identité. Ici celle d’un androïde d’intérieur qui veut devenir un androïde d’extérieur. Contrairement à "Ceci n’est pas une tortue". Ici la vision des choses se fait de façon extérieure, comment l’entourage voit les choses, comment ce serait perçu et comment les choses sont une fois réalisée !
J’ai d’ailleurs trouvé la nouvelle assez amusante sur la conception d’un couple marié. Un couple homme­ femme se doit d’avoir des partenaires de sexes identiques, de préférence mariés aussi (une femme mariée doit avoir une amante femme, un homme marié doit avoir un amant homme pour être dans la norme, sinon les gens sont traités d’originaux).